On pensait le sujet enterré sous des couches de pudeur mal placée et de clichés ringards. Pourtant, à Bayonne, la Mutualité Française Nouvelle-Aquitaine lance en novembre quatre ateliers gratuits baptisés « Plaisirs & Vous » pour les plus de 60 ans. L’objectif ? Briser le silence qui entoure la sexualité après 60 ans et offrir un espace de parole bienveillant. Une initiative nécessaire alors que le désir, lui, ne prend pas sa retraite.
Le corps change, pas l’envie
Qui a dit que la vie intime s’arrêtait avec l’âge ? Certainement pas les chiffres. Selon une enquête de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) publiée en 2024, 57 % des femmes et 74 % des hommes âgés de 50 à 89 ans se déclarent sexuellement actifs. À Bayonne, les rendez-vous du 5, 12, 19 et 26 novembre à la résidence autonomie Iguzkian visent justement à normaliser cette réalité.
Ces rencontres, coanimées par un professionnel de la prévention et une psycho-sexologue, abordent le désir, l’estime de soi et les changements du corps. Car oui, la ménopause marque une baisse des œstrogènes qui peut s’accompagner d’une sécheresse vaginale et d’une baisse de libido, mais le désir ne disparaît pas mécaniquement avec l’âge. Les femmes ménopausées peuvent d’ailleurs recourir à des traitements locaux (œstrogènes locaux, lubrifiants, hydratants vaginaux) prescrits par un médecin pour limiter l’inconfort pendant les rapports.

Un tabou qui pèse surtout sur les femmes
Si les hommes âgés sont souvent perçus comme des « beaux gosses » potentiels jusqu’à tard, les femmes seniors subissent une invisibilisation cruelle de leurs désirs. Une étude récente menée par Ipsos BVA pour le laboratoire Biovancia confirme ce décalage : 80 % des néo-seniors jugent leur sexualité invisibilisée dans les médias et 63 % estiment qu’elle est tournée en dérision.
Pire, seuls 18 % des répondants déclarent que leur médecin aborde spontanément le sujet. La sexualité des seniors reste un sujet peu abordé en consultation : les professionnels de santé sont souvent formés à interroger la sexualité des plus jeunes, pas celle des plus de 60 ans, selon Santé publique France. Ce silence participe d’une infantilisation dangereuse. Comme le souligne la Dre Céline Candillier, psychiatre et sexologue, « continuer à se reconnaître comme sujet désirant, c’est rester un sujet tout court ».
La puissance du groupe pour libérer la parole
Pourquoi des ateliers collectifs ? Parce que parler de ses petits tracas intimes face à un blanc manteau peut intimider. Les ateliers de parole entre pairs (groupes de discussion, éducation à la santé) sont reconnus comme un levier efficace pour libérer la parole sur des sujets intimes, notamment chez les femmes. À Bayonne, des jeux et des discussions en groupe permettront aux participants d’échanger dans un cadre confidentiel.
L’initiative est ouverte gratuitement à toutes les personnes de plus de 60 ans, sur inscription au 05 59 50 50 74 ou par mail à asv.ccas@bayonne.fr. C’est simple, c’est local, et ça fait du bien de savoir qu’on n’est pas la seule à se poser des questions sur son corps qui vieillit, mais qui vit encore.
Une initiative locale à essaimer
Nous applaudissons des deux mains cette initiative bayonnaise qui devrait essaimer partout en France. Trop longtemps, la société a considéré que passé un certain âge, on devenait asexué, ou pire, que l’évocation du désir chez une grand-mère était inconvenante. Ces ateliers « Plaisirs & Vous » ont le mérite de traiter les seniors comme des adultes complets, avec des besoins physiques et émotionnels légitimes. Libérer la parole, c’est aussi prévenir les risques et améliorer le bien-être global. Alors, si vous avez plus de 60 ans et que le sujet vous intrigue, foncez. La honte est dans le silence, pas dans la curiosité.



